La conférence internationale de Nagoya, consacrée à la
protection de la biodiversité, s’est achevée, quelques mois
après celle de Copenhague consacrée au climat. Très bien !
L’avantage, c’est que ça travaille. Cette profusion de rencontres
au plus haut niveau atteste d’une prise de conscience mondiale
des enjeux liés à l’environnement. L’inconvénient, c’est qu’on
n’est pas très sûrs que les résultats soient à la hauteur des
problèmes (rappelez-vous la déception ressentie après
Copenhague). Depuis la conférence de Montréal, en 1987,
consacrée à l’appauvrissement de la couche d’ozone, jusqu’à
celle de Nagoya, et en attendant celle de Cancun, les experts
et les chefs d’Etat se sont baladés de Kyoto (1997) à Genève
(1996), de New York (1997, 2009) à La Haye (2000), de
Buenos Aires (1998) à Nairobi (2006) sans qu’on sache
exactement si notre planète s’en relève en meilleure forme.

Première chose. Si ces différentes conférences internationales
se penchent sur des thématiques différentes (couche d’ozone,
climat, biodiversité), ECOLO tient à ce qu’on lie ces
problèmes entre eux. Un simple exemple : la déforestation,
une des causes majeures de la perte d’espèces végétales et
animales, contribue aussi au réchauffement (puisque les
arbres absorbent le CO2, responsable d’une bonne partie de
l’effet de serre). Protéger les forêts, c’est à la fois sauvegarder
le climat et la biodiversité.

Deuxième chose. La multiplication des conférences
internationales a un effet contrasté sur la population : d’une
part les gens se réjouissent qu’on se bouge enfin pour
sauver un patrimoine planétaire dont dépend notre survie
collective ; mais d’autre part il existe un effet de lassitude, de
démobilisation, de culpabilisation, d’impuissance. On nous
ressasse que, si le climat se réchauffe, si la biodiversité est en
danger, c’est à cause de nous, et encore à cause de nous. Pas
de quoi pavoiser : l’homo sapiens a imposé sa loi sur la planète
alors qu’on ne donnait pas cher de sa perpétuation. Petit être
fragile, offert à tous les prédateurs possibles, il n’a dû qu’à son
intelligence (cadeau de l’évolution) de ne pas disparaître de
la surface de la savane. Et il s’est mis à faire n’importe quoi.
Alors, oui, les conférences internationales nous disent, que,
désolé si ça déplaît, mais il nous appartient de restaurer ce que
nous avons démoli. Question de survie, de responsabilité, etc.
Pas le temps de tergiverser, ça va coûter une méga-fortune,
tant pis, c’est comme ça. Vu que ce n’est pas gai à entendre,
on risque de détourner la tête. Comme l’a proclamé Chirac
« la maison brûle et nous regardons ailleurs. » Dès lors, rester
vigilants, mobilisés, c’est un minimum.

Un autre effet embêtant : on a globalement compris que, pour
contrer le réchauffement climatique, on pouvait installer des
panneaux solaires, cesser de geindre quand on voit pousser
une éolienne dans les champs, isoler sa maison et se déplacer
en train chaque fois que c’est possible, mais on se voit mal
abriter un rhinocéros laineux dans son jardin, ou une baleine
à bosse dans sa piscine pour protéger la biodiversité. D’où
un sentiment d’impuissance. Pourtant, à notre mesure,
aucun geste n’est ridicule, aussi modeste soit-il : planter une
haie, garder quelques mètres carrés de jachère au bout de la
pelouse, bannir les herbicides, réjouit les petits oiseaux, les
petits rongeurs, les insectes de nos villages. Boycotter les
meubles et les objets décoratifs en bois précieux coupe l’herbe
sous les pieds de ceux qui déboisent les forêts tropicales.

A Nagoya, comme d’habitude, on engrange des motifs de
satisfaction (protection accrue des espèces menacées, des
océans et des littoraux, compensation financière des firmes
qui exploitent les ressources biologiques des pays du Sud) et
de déception (pas de mesures contraignantes, absence de la
signature des USA au bas de l’accord), mais il y a de réelles
avancées. Un certain optimisme est permis. Des lanternes ont
été allumées.

AMALGAME n° 46 P11: http://www.chaumont-gistoux.be/downloads/Amalgame_46.pdf

Xavier Deutsch,

pour la locale ECOLO de Chaumont-Gistoux